Un peu d’histoire

L’histoire n’est pas la science du passé, elle est la science des relations réciproques entre le présent et le passé.

March Bloch

 

Hippocrate et le traitement par les semblables

Hippocrate

On fait souvent débuter l’histoire de la médecine occidentale avec le médecin grec Hippocrate (v.460-v. 377 av. J.-C.) Son oeuvre contient quelques observations proches d’une des notions fondamentales de l’homéopathie, le traitement par les semblables. Cependant, Hippocrate ne tire aucune conclusion sur l’usage systématique des semblables.

Né d’une famille vouée au culte d’Asclépios, le dieu grec de la médecine, Hippocrate apprend la médecine sacerdotale et l’anatomie auprès de son père, Héraclide. Puis il quitte son île natale et commence un périple qui le mène en Thrace, en Tessalie et en Macédoine. Devenu médecin itinérant, il acquiert une solide réputation en tant que praticien. Il regagne alors Cos et fonde son école vers l’an 420 av. J.-C. Plus tard, il montera une nouvelle école en Tessalie où il mourra vers 377 av. J.-C.

De nombreux textes sont attribués, souvent à tort, à Hippocrate. Il semble également qu’il ne soit pas le véritable auteur du célèbre serment qui porte son nom. Pourtant, Hippocrate demeure un des plus grands médecins de l’Antiquité. Face à une médecine où règnent mysticisme et superstitions, il prône l’observation systématique des faits avant d’énoncer les hypothèses. Il est aussi le premier à envisager l’influence de facteurs tels que l’âge, le régime alimentaire ou encore le climat sur la santé. Pourtant, il n’est pas à l’abri d’erreurs. Il reconnaît en effet l’existence de quatre humeurs : le sang, le phlegme, la bile jaune et la bile noire ; un déséquilibre entre elles engendrant la maladie ou la mort.

Théoricien, Hippocrate est aussi praticien. En chirurgie, il met au point un appareil à trépaner. Et en orthopédie, il imagine un banc de bois afin de réduire les luxations et les fractures. La contribution d’Hippocrate au développement des sciences médicales est telle qu’il est actuellement considéré comme « le père de la médecine ».

 

La « théorie des signatures » de Paracelse 

Paracelse

Pour d’autres historiens, c’est dans l’œuvre de Paracelse (1493-1541) qu’il faut rechercher la genèse de l’Homéopathie. Celui-ci est en effet le célèbre auteur d’une « théorie des signatures », selon laquelle le Créateur aurait laissé dans l’apparence des plantes, des indices permettant à l’homme d’en déduire leurs vertus médicinales. Toutefois, Paracelse voyait une analogie entre l’aspect physique d’une plante et ses propriétés, tandis que l’homéopathie est fondée sur le rapprochement entre les symptômes qu’une substance produit sur les sujets sains et ceux qu’elle guérit chez les malades.

 

Christian Friedrich Samuel Hahnemahn, ou les déceptions d’un jeune médecin

Samuel Hahneman

1790, Leipzig, Allemagne. Voilà plusieurs années que Samuel Hahnemann a abandonné l’exercice de la médecine. Comment lui, praticien estimé, tant par sa nombreuse clientèle que par ses confrères, de surcroît père de famille nombreuse, a-t-il pu renoncer au brillant avenir que tous lui prédisaient ?

Ce revirement est celui d’un homme en quête de vérité et d’absolu. Comme les scientifiques des 17e et 18e siècles, il pratique l’observation objective des faits, à la manière d’Isaac Newton (1642-1727): celui-ci est assis sous un pommier, lorsqu’il voit tomber une pomme… Pourquoi ce fruit, et pas la lune ? Question qui sera à l’origine de la loi de gravitation !

Médecin renommé, Samuel Hahnemann est horrifié par les dégâts que causent les traitements en vigueur: diètes, lavements, purgatifs, vomitifs, calmants, excitants, sangsues et surtout saignées, sont les principales thérapeutiques de l’époque, contre  lesquelles Hahnemann s’élève avec véhémence. Ainsi, en 1792, le souverain d’Autriche, Léopold II, est pris brutalement d’une « fièvre élevée, avec gonflement abdominal »: son médecin personnel pratique une première saignée, sans résultat, puis trois autres en 24 heures… à la suite de quoi, le roi trépassera !

Impuissant face aux maladies, n’ayant plus aucune confiance dans la thérapeutique, Samuel Hahnemann a cessé de donner des soins. Il « vivote », grâce à la chimie et la traduction d’ouvrages (de chimie, de médecine, et d’agriculture); outre de solides notions d’arabe et d’hébreu, il maîtrise la bagatelle de six langues (allemand, français, anglais, italien, latin, grec ancien).

Donc, en 1790, Samuel Hahnemann traduit un ouvrage de thérapeutique, le volumineux « Treatise of the Materia Medica » du médecin écossais William Cullen (1712-1790), l’un des ténors médicaux du 18e siècle.

Au chapitre du quinquina (ou china: écorce d’un arbre tropical, de la famille du caféier. Les chimistes Pelletier et Caventou en isoleront la quinine, utilisée par la médecine allopathique, dans la prévention et le traitement du paludisme.), le mode d’action proposé par Cullen ne satisfait guère Hahnemann, qui a déjà traité les « fièvres intermittentes » (dont ses patients et lui-même souffraient), avec succès par le quinquina: Cullen attribue l’efficacité du quinquina à « la puissance tonique qu’il exerce sur l’estomac ».

Comment clarifier les propriétés du quinquina ?  Hahnemann se souvient de la théorie du suisse Albrecht Von Haller (1707-1777): « Il faut en premier lieu, assurément, expérimenter le remède sur un corps sain »…

Or, Hahnemann est hanté par la recherche de « traitements efficaces, sûrs, et sans danger » ! Pour découvrir les vraies propriétés de china, il absorbe de fortes doses de quinquina (environ 15 grammes par jour): « Au début, mes pieds et le bout des doigts se refroidirent, je devins faible et somnolent, mon cœur fut pris de palpitations, mon pouls devint dur et rapide. J’éprouvai une anxiété intolérable et des tremblements (mais sans frissons), un épuisement des membres. Puis des pulsations dans la tête, avec rougeur des joues, soif hébétude des sens, une sorte de raideur de toutes les articulations… en somme, tous les symptômes qui accompagnent habituellement la fièvre intermittente. La crise durait chaque fois deux à trois heures, et se reproduisait seulement lorsque je répétais la dose. Je cessai de prendre le médicament, et retrouvai ma bonne santé ».

Esprit rigoureux, Hahnemann renouvelle l’expérience: dès qu’il stoppe la prise du quinquina, les symptômes s’arrêtent spontanément. Il répète l’administration de china, sur ses parents et sur ses proches: à nouveau, les mêmes symptômes, notamment les accès de fièvre, surviennent… et ils disparaissent lorsque le sujet n’absorbe plus de quinquina.

Est-ce une réaction uniquement vérifiable avec china, ou bien une loi beaucoup plus vaste, applicable à tous les médicaments? Pour en avoir le cœur net, il généralise l’expérience, en administrant d’autres substances (aux propriétés thérapeutiques connues) à l’homme en bonne santé: les mêmes « personnes dévouées » serviront de cobayes.

D’expérience en expérience, ce que Hahnemann a pressenti avec le quinquina se confirme: chez l’individu sain, toute drogue, donnée à dose suffisante, provoque des symptômes… semblables à ceux qu’elle est réputée guérir. Ainsi, le soufre, qui soigne la gale, induit (chez le sujet sain) des éruptions semblables à celles de la gale.

Une telle concordance dans les résultats élimine la simple coïncidence. Alors, Samuel Hahnemann va plus loin: il expérimente, sur lui-même et sur d’autres, l’absorption de produits dénués de propriétés médicinales (aux yeux de la médecine « officielle »).

Il observe et note scrupuleusement les effets qu’ils déclenchent sur l’homme en bonne santé. Puis, il se demande si les remèdes ayant provoqué des symptômes sur l’homme sain, ne pourraient pas guérir des troubles semblables… chez les sujets malades.

Le succès couronne son intuition, la « Loi de Similitude » est validée et Hahnemann renoue avec la pratique médicale, tout en poursuivant ses travaux.

Il remarque que plus les drogues sont toxiques, plus leurs effets sur les individus sain sont marqués… et plus nette est leur possibilité de guérir: des poisons tels que l’arsenic, l’aconit ou la belladone se montrent de très puissants médicaments.

Néanmoins, les substances, prescrites selon la « Loi de Similitude », provoquent parfois une aggravation sérieuse des symptômes. Afin d’écarter tout risque, Hahnemann opte pour la dose minimale, et dilue les produits avant de les faire prendre, ce qui ne diminue pas leur action !  Il généralisera donc la dilution.

Ses guérisons spectaculaires lui valent d’être appelé loin de son domicile, donc de faire des tournées à cheval. Au cours de ses déplacements, il constate que les médicaments distribués dans la soirée, sont plus actifs que ceux donnés le matin. La seule différence est que les remèdes du soir ont séjourné plus longtemps dans ses sacoches… et qu’ils ont été secoués par les cahots de la route. Cette déduction le conduit à l’idée de dynamisation, qui consiste à agiter énergiquement les médicaments dilués.

Hahnemann renouvelle sans cesse ses expériences. Il attendra six ans avant d’exposer (à ses confrères) que seule l’expérimentation sur l’homme sain permet de connaître les effets des médicaments: en 1796, il publie un « Essai sur un nouveau principe pour découvrir les vertus curatives des substances médicinales ».

Il appellera sa nouvelle conception de l’art de guérir, « semblable souffrance », « homoeopathie », couplant deux mots grecs, « homoios » (=semblable) et « pathos » (=souffrance). Le français moderne retiendra l’orthographe d’homéopathie.

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